« La fin du travail des enfants : ensemble nous pouvons le faire ! » C’est le thème de la quatrième Journée mondiale de lutte contre l’exploitation infantile, qui se tient ce lundi. Une journée qui s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale « Carton rouge au travail des enfants », menée de concert par le Bureau international du travail (BIT) et la Fédération internationale de football. Une campagne qui aurait déjà sensibilisé des millions de personnes à travers le monde.
Des manifestations dans une centaine de pays
Plusieurs manifestations sont prévues dans une centaine de pays pour marquer cette Journée. Selon un communiqué du BIT, une marche est prévue à Port-au-Prince (Haïti), des moulinets à vent seront distribués au Brésil alors que l’Ethiopie abritera un concours artistique. En Suisse, l’ancien footballeur camerounais Roger Milla, des personnalités sportives et des représentants de travailleurs et d’employeurs lanceront un appel en faveur de la lutte contre le travail des enfants.
« Etant enfant, j’ai eu la chance de ne pas être exploité comme certains le sont d’aujourd’hui. Quand je vois des enfants malmenés, maltraités qui font des travaux d’Hercule, ça me chagrine et ça me fait peur. Des enfants qui travaillent dans les mines, âgés de 6, 7 ou 8 ans, qui sont au quatrième sous-sol et qui portent des charges de 40 ou 50 kilos ne peuvent pas grandir comme il faut et avoir une bonne respiration », a pu confier Roger Milla à Afrik, juste avant l’ouverture de la Journée en terre helvétique.
« L’exploitation infantile a reculé de 11% »
L’ambassadeur du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (Onusida) pour l’Afrique est très impliqué dans la lutte. Cela fait « six ou sept ans » qu’il collabore avec le BIT pour combattre le travail des enfants. « Lorsque le BIT m’appelle pour participer à un événement, j’y cours. Cela m’a poussé à créer Terre d’Afrique/Fondation Roger Milla pour venir en aide aux enfants maltraités et exploités », précise Albert Roger Miller, de son vrai nom, qui a glané deux fois le titre de ballon d’or africain.
Avant un match amical entre les filles d’un club de football suisse et une école internationale, Roger Milla shootera symboliquement dans un ballon. L’idée est de marquer l’opposition ferme aux pires formes de travail des enfants. Une exploitation qui recule, selon le rapport annuel du BIT intitulé « La fin du travail des enfants : un objectif à notre portée ». « Pour la première fois, y est relevé un déclin du nombre d’enfants au travail dans le monde : ils étaient millions en 2000, contre 218 millions en 2004, soit une baisse de 11 pour cent », résume le communiqué du BIT. Des progrès encourageants mais, comme conclut Roger Milla, « il faut que le travail des enfants disparaisse ».
Roger Milla entouré des cartons rouges contre le travail des enfants
Vers la fin du travail des enfants ?
Aujourd'hui, 217 millions d'enfants travaillent encore dans le monde. Un
chiffre effrayant, certes, mais encourageant, car il a baissé de 11 %
entre 2000 et 2004, selon le dernier rapport de l'Organisation
internationale du travail OIT 2. La lutte contre le travail des enfants,
rappelée à tous lors de la Journée mondiale de l'enfance le 20 novembre
3, était jusque-là considérée comme perdue. Comment la situation
s'est-elle retournée ?
Isabelle Daugareilh : Des initiatives internationales ont bien été prises au cours des dernières décennies, comme la Convention n° 138, adoptée par l'OIT en 1973, sur l'âge minimum d'admission à l'emploi (quinze ans ou dix-huit ans pour un travail dangereux) ou la Convention internationale des droits de l'enfant de l'Organisation des Nations unies (ONU) en 1989. Mais à la fin des années quatre-vingt-dix, force a été de constater que parmi les enfants au travail, 170 millions l'étaient dans les pires conditions. L'opinion publique s'est donc mobilisée par diverses campagnes, comme la Marche mondiale contre le travail des enfants, le boycott de tapis fabriqués par des enfants pakistanais… À son tour, l'OIT a réagi,
en incluant l'abolition effective du travail des enfants à la Déclaration sur les principes et droits fondamentaux de l'homme au travail de 1998. Dans la foulée, elle fait des pires formes du travail des enfants (esclavage, travail forcé, recrutement dans les guerres, à des fins de prostitution, etc.) sa priorité : la Convention n° 182 est adoptée à l'unanimité en 1999.
Comment cette déclaration, de l'ordre de la recommandation, a-t-elle pu avoir un impact ?
I.D. : Non seulement la Déclaration de 1998 a eu un impact, mais elle a aussi renforcé le poids des conventions qu'elle mentionne. Comme la nature juridique d'une déclaration n'est pas contraignante, celle-ci compense par un mécanisme de suivi original : chaque État membre est tenu de présenter un rapport annuel sur les mesures prises pour mettre en œuvre les quatre droits fondamentaux de l'homme au travail que sont la liberté d'association et la reconnaissance effective du droit de négociation collective, l'élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire, l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de profession ainsi que l'abolition effective du travail des enfants. Les États membres sont ainsi engagés, qu'ils aient ou non ratifié les conventions dites « fondamentales » qui s'y rapportent. En effet, une convention n'a normalement de force contraignante que si elle a été ratifiée. Dans les faits, la plupart des États ont joué le jeu. On a ensuite pu noter un mouvement de ratification des conventions citées dans la Déclaration de 1998. Enfin, deux ans après son adoption, la Déclaration devient le texte de référence pour les autres instances internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale…
Cette déclaration fait de l'OIT l'une des rares structures internationales efficaces ?
I.D. : Oui mais pas seulement, les moyens y sont pour beaucoup. Dix-neuf pays donateurs (dont la France) sont investis depuis 1992 dans le Programme international pour l'abolition du travail des enfants (Ipec) de l'OIT. Qu'il s'agisse de soustraire les enfants à la décharge de La Chureca au Nicaragua, aux petites exploitations minières d'Ukraine, ou à la métallurgie turque, ces programmes aident à mettre en œuvre des actions concrètes et à transformer les législations nationales. L'OIT adapte ainsi son expertise technique à 90 pays bénéficiaires. Sa souplesse va jusqu'à transposer la définition du travail des enfants aux particularités locales.
Le droit est une étape nécessaire à l'abolition du travail des enfants, mais très insuffisante au regard de la pauvreté ?
I.D. : Oui, car le phénomène est complexe. Il est mondial et connecté à de nombreux autres problèmes : pauvreté, éducation et formation, emploi, culture, religion… La lutte contre le travail des enfants a ainsi été freinée en Afrique subsaharienne (26 % d'enfants y travaillent) par une forte croissance démographique, une grande misère économique et une épidémie de Sida. L'expérience montre que rien n'est jamais définitivement acquis, notamment lorsque des catastrophes naturelles, des conflits ou encore des chocs économiques forcent les familles à revenir à leur ancienne stratégie de survie. Ce sont autant de leçons que l'OIT agrège à ses travaux de recherche. Ils montrent notamment que le travail des enfants est à la fois la conséquence de la pauvreté et qu'il la perpétue en retour. S'il y a plus de cent cinquante ans qu'un avenir sans travail des enfants est à l'ordre du jour dans une partie ou l'autre du monde, il reste « une de ces batailles sans fin qui se perdent quand on arrête le combat 4 ».
Propos recueillis par leonard itoumi
Notes :
1. Consulter le site web
2. Institution spécialisée de l'ONU qui a produit en 2006 le rapport : La fin du travail des enfants, un objectif à notre portée.
3. Proclamée par l'ONU depuis 1959, qui instaure quarante-huit ans après la Journée mondiale contre le travail des enfants, le 12 juin.
4. Antonio Monteiro Fernandes, ancien ministre du Travail au Portugal.
Isabelle Daugareilh : Des initiatives internationales ont bien été prises au cours des dernières décennies, comme la Convention n° 138, adoptée par l'OIT en 1973, sur l'âge minimum d'admission à l'emploi (quinze ans ou dix-huit ans pour un travail dangereux) ou la Convention internationale des droits de l'enfant de l'Organisation des Nations unies (ONU) en 1989. Mais à la fin des années quatre-vingt-dix, force a été de constater que parmi les enfants au travail, 170 millions l'étaient dans les pires conditions. L'opinion publique s'est donc mobilisée par diverses campagnes, comme la Marche mondiale contre le travail des enfants, le boycott de tapis fabriqués par des enfants pakistanais… À son tour, l'OIT a réagi,
en incluant l'abolition effective du travail des enfants à la Déclaration sur les principes et droits fondamentaux de l'homme au travail de 1998. Dans la foulée, elle fait des pires formes du travail des enfants (esclavage, travail forcé, recrutement dans les guerres, à des fins de prostitution, etc.) sa priorité : la Convention n° 182 est adoptée à l'unanimité en 1999.
Comment cette déclaration, de l'ordre de la recommandation, a-t-elle pu avoir un impact ?
I.D. : Non seulement la Déclaration de 1998 a eu un impact, mais elle a aussi renforcé le poids des conventions qu'elle mentionne. Comme la nature juridique d'une déclaration n'est pas contraignante, celle-ci compense par un mécanisme de suivi original : chaque État membre est tenu de présenter un rapport annuel sur les mesures prises pour mettre en œuvre les quatre droits fondamentaux de l'homme au travail que sont la liberté d'association et la reconnaissance effective du droit de négociation collective, l'élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire, l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de profession ainsi que l'abolition effective du travail des enfants. Les États membres sont ainsi engagés, qu'ils aient ou non ratifié les conventions dites « fondamentales » qui s'y rapportent. En effet, une convention n'a normalement de force contraignante que si elle a été ratifiée. Dans les faits, la plupart des États ont joué le jeu. On a ensuite pu noter un mouvement de ratification des conventions citées dans la Déclaration de 1998. Enfin, deux ans après son adoption, la Déclaration devient le texte de référence pour les autres instances internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale…
Cette déclaration fait de l'OIT l'une des rares structures internationales efficaces ?
I.D. : Oui mais pas seulement, les moyens y sont pour beaucoup. Dix-neuf pays donateurs (dont la France) sont investis depuis 1992 dans le Programme international pour l'abolition du travail des enfants (Ipec) de l'OIT. Qu'il s'agisse de soustraire les enfants à la décharge de La Chureca au Nicaragua, aux petites exploitations minières d'Ukraine, ou à la métallurgie turque, ces programmes aident à mettre en œuvre des actions concrètes et à transformer les législations nationales. L'OIT adapte ainsi son expertise technique à 90 pays bénéficiaires. Sa souplesse va jusqu'à transposer la définition du travail des enfants aux particularités locales.
Le droit est une étape nécessaire à l'abolition du travail des enfants, mais très insuffisante au regard de la pauvreté ?
I.D. : Oui, car le phénomène est complexe. Il est mondial et connecté à de nombreux autres problèmes : pauvreté, éducation et formation, emploi, culture, religion… La lutte contre le travail des enfants a ainsi été freinée en Afrique subsaharienne (26 % d'enfants y travaillent) par une forte croissance démographique, une grande misère économique et une épidémie de Sida. L'expérience montre que rien n'est jamais définitivement acquis, notamment lorsque des catastrophes naturelles, des conflits ou encore des chocs économiques forcent les familles à revenir à leur ancienne stratégie de survie. Ce sont autant de leçons que l'OIT agrège à ses travaux de recherche. Ils montrent notamment que le travail des enfants est à la fois la conséquence de la pauvreté et qu'il la perpétue en retour. S'il y a plus de cent cinquante ans qu'un avenir sans travail des enfants est à l'ordre du jour dans une partie ou l'autre du monde, il reste « une de ces batailles sans fin qui se perdent quand on arrête le combat 4 ».
Propos recueillis par leonard itoumi
Notes :
1. Consulter le site web
2. Institution spécialisée de l'ONU qui a produit en 2006 le rapport : La fin du travail des enfants, un objectif à notre portée.
3. Proclamée par l'ONU depuis 1959, qui instaure quarante-huit ans après la Journée mondiale contre le travail des enfants, le 12 juin.
4. Antonio Monteiro Fernandes, ancien ministre du Travail au Portugal.

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